Ciné John Oldman (David Lee Smith)

Publié le 19 août 2011 | par Mr Méchant

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Man From Earth

Il y a de rares fois, dans la sphère direct-to-dvd, où l’on tombe sur des perles d’une immensité insoupçonnée. Man From Earth s’inscrit directement dans ce qui a été de plus beau et de plus intelligent parmi celles-ci. La réalisation ressemble à un téléfilm d’M6, tout comme la musique, mais au bout de la deuxième minute on oublie instantanément cette partie tellement on est happé par le scénario d’une richesse paraissant sans limites. Le sujet avait déjà été abordé dans Highlander, dont la morale était le refrain de Queen, « Who Wants To Live Forever ? », mais ici l’éternité de la vie d’un homme est décuplée pour être appréhendée dans son intégralité, se souciant toujours de l’aspect plausible de la chose. La logique est mise à rude épreuve, elle est malaxée, étirée, broyée, manipulée, démontée, et pourtant on finit par y croire, et même lorsque le plus gros de la vie de cet homme sera lâché, on finira par accepter cette possible réalité, tant elle parait tangible.
Je vois d’ici l’occidental moyen arriver avec ses gros godillots en beuglant à la bondieuserie, mais l’oeuvre est loin de là. Nous sommes plus proche du métaphysique, du message de bonté et d’espoir, sous couvert de , mais condamnant l’homme, manipulateur, plutôt que la religion elle-même, et se prévaut surtout d’être anticlérical et non antireligieux. Celle-ci, créée par l’homme, est démontée, puis ensuite on nous dit de garder la foi, créant une dualité, puisque la foi est un concept de l’homme, mais n’était-ce pas là le but de Bixby, nous ramener à l’incessante question, qui est arrivé en premier, l’oeuf ou la poule ?


Bref, Man From Earth est quelque chose de formidable, dur à classer tant son approche mystique en fait quelque chose d’unique, et la seule oeuvre à laquelle j’oserais le comparer serait Starman, bien que son sujet soit différent, mais qui m’avait procuré des sentiments assez similaires. Sollicitant l’intellect du spectateur, il sème en route tout un tas de réponses amenant elles-mêmes à d’inévitables questions malmenant notre matière grise.
Comment un homme de 14.000 ans pourrait nous prouver qu’il a bien cet âge ? C’est impossible. Tout ce qu’il racontera aura été publié dans des livres, écrit par des historiens et théologiens de façon si fidèle que lui-même ne pourrait mieux dire, et quel objet unique aurait-il à nous montrer ? Gardons-nous nos mobiles plus de quelques années ? Non. Imaginez donc ce qu’un homme aussi vieux pourrait faire d’un bout de silex. Rien. Et s’il se montrait suffisamment convainquant, la seule chose que l’on aurait envie de faire, ça serait de l’enfermer ou l’étudier, tellement il nous glacerait de peur.
C’est triste, et l’on est sensible à cet homme qui se lasse des Hommes, et qui surtout en a peur, mais est néanmoins là depuis trop longtemps pour prendre le risque de ne plus jamais pouvoir admirer le feu, les étoiles, ou mettre ses mains dans l’herbe.
Pour en revenir à l’aspect purement technique, on appréciera le casting de vieilles gueules, que l’on a vu dans dans un nombre incalculable de films ou téléfilms, mais dont on ne connaît que rarement les noms, si ce n’est , qui pour une fois a l’occasion de tourner dans autre chose qu’une connerie ou un b-movie sanguinolent, et ça ça fait vraiment plaisir. On reconnaîtra également , qui eut son heure de gloire dans le mythique House, et sans oublier , le Dr Phlox d’Enterprise.
Pour conclure, si l’idée de vous plonger dans un épisode d’1h20 de La Quatrième Dimension vous tente, vous aurez là de quoi passer un excellent moment de . S’ajouteront à cela les amateurs d’histoire et mythologie (ou non) qui ne pourront pas passer à côté de ce cours d’un ludisme très rarement atteint. Les plus maniaques auront bien de quoi pinailler afin de démonter l’oeuvre, mais c’est probablement parce qu’eux aussi ont vécu 14.000 ans.
Mention spéciale pour Jerome Bixby, qui signe là un scénario d’une qualité en béton, fidèle à ce qu’il avait pu nous servir lors de son époque Quatrième Dimension/Star Trek.

Note finale

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Man from Earth - Bande-annonce VO

A propos de l'auteur

Fan d'Uwe Boll et Paul W.S. Anderson. Aime à l'occasion oublier les nanars pour regarder du vrai cinéma comme celui de Robert Parrish, Franklin J. Schaffner ou Rudolph Maté, de la bonne sci-fi tu vois, pas du singe teubé.

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  • AneOhNîmes.

    Ce film est un immense chef d’œuvre qu’Internet a permis de révéler.

    Je conseille impérativement à tous les fans de SF et/ou d’histoire, de philosophie, de sciences, de religions, et plus généralement à tous ceux qui se posent des questions sur l’Homme de le regarder.

    Pas d’effets spéciaux, peu d’action, mais bordel on s’en fout on n’est pas là pour voir Transformers et qu’est ce qu’on en prend plein la vue !

    Pour être honnête, je n’achète jamais de films en DVD, et cet article va me le faire acheter, je me sens même tout d’un coup fier de payer pour ce qui est de la culture ET de l’art.
    Pour la petite histoire, le producteur a remercié la Toile d’avoir piraté et ainsi diffusé cette oeuvre avant inconnue et – par exemple – aujourd’hui classée top 40 des films de SF sur IMDb.
    http://www.rlslog.net/piracy-isnt-that-bad-and-they-know-it/comment-page-2/#comment-150581

    9/10

    Intellect Spoiler/
    C’est un film nihiliste, en effet plusieurs moments du film reflètent les écrits de Nietzsche via « L’Antéchrist » (notamment sur le rapport des origines du christianisme en lien avec le bouddhisme).

    • http://www.slashershouse.com Mr Méchant

      Exact, c’est tout simplement de la science-fiction, et de la bonne. Les « artistes » se sont perdus en cours de route et ont systématiquement remplacé le coté hypothétique par des CGI, et le cas le plus flagrant est sans doute la planète des singes (et à peu près tout ce qui est sorti au ciné cet été).
      Il est dommage qu’un genre qui était plutôt réservé à une petite communauté soit devenu le fer de lance du blockbuster.
      C’est également une honte que Man From Earth n’ait pas pu profiter de caméras HD, mais de simples DV, qui rendent le Bluray assez laid (cela dit ça prouve que même avec des caméras bas de gamme on peut mettre à terre n’importe quelle grosse production).

      Pour l’approche historique/théologique, le Docteur Ian Kuijt a admis deux hypothèses, la première serait qu’en 9600 avant JC, les hommes se seraient émerveillés devant le changement climatique, et cela aurait amené à la religion. La seconde serait le développement de l’agriculture, la domestication et la sédentarisation qui auraient par la suite amené à la religion afin de renforcer la cohésion sociale.
      Pour le côté nihiliste je sais pas. Il ne faut pas oublier que l’homo sapiens sapiens est passé par plusieurs stades d’évolution, et il est fort probable qu’il en subisse de nombreux autres (excepté s’il s’auto-détruit avant, ce qui est en bonne voie…). L’Homme d’aujourd’hui pense, mais son cerveau n’est pas encore prêt à appréhender des choses aussi immenses que la destiné, l’espace ou le temps.

  • Asqx00

    J’ai tenu 15 minutes… et j’ai sombré dans les bras de Morphée.

  • Fiche Film

  • Pays : Etats-Unis.
    Genre : Drame, Science-fiction.
    Réalisation : Richard Schenkman.
    Scénario : Jerome Bixby.
    Distribution : David Lee Smith, Tony Todd, John Billingsley, Ellen Crawford.
    Durée : 87 min
    Certification : N/A
    Année : 2007
    Langue originale : Anglais
    Titre original : The Man from Earth
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