William Eubank ça ne vous dit peut-être rien, et pour cause, Love est sa première bobine, qu’il écrit et réalise pour le compte d’Angels & Airwaves (souvent appelé AvA), groupe qui s’est brillamment illustré sur la scène musicale avec son album Love. Et pour ceux qui ne connaissent pas AvA, son fondateur est Tom DeLonge, ex-leader du groupe Blink 182, qui depuis a changé diamétralement de direction, laissant tomber le punk californien pour autre chose, bien plus artistique. L’annonce d’un film du même nom était non seulement un fan-service immanquable, mais de cette bobine s’est aussi produit un gros succès critique, notamment en festivals (SBIFF, FanTasia, AIFF, Sitges…), car personne ne pensait qu’Eubank avait dans sa valise autant de créativité et d’intelligence.
Il faut dire que les produits cinématographiques dérivés d’albums ont une affreuse tendance à n’être que des bidules clipés n’enchainant que bêtement les pistes audios tout en y superposant des images rarement pertinentes, or ici c’est l’inverse ! Le son d’AvA est bien présent, mais à peine, n’utilisant les instruments qu’avec parcimonie et jamais la voix du leader. Ça porte le nom de l’album, la jaquette ressemble à celle de l’album, mais en réalité nous sommes en face d’une oeuvre totalement indépendante et disposant de sa propre raison d’exister. Quelle meilleure illustration pour un film dont le sujet est justement l’existence ?
Bercée dans la métaphysique et l’onirisme, la bobine s’oriente bien plus rapidement sur l’être humain, son existence, l’amour, creusant le puits sans fond qu’est l’ontologie. Pour cela nous avons notre hamster, un astronaute dernier Homme sur Terre (mais dans l’espace), bloqué dans la station ISS, réfléchissant à ce qu’est sa propre vie, en plus de celles passées grâce à un manuscrit narrant l’histoire d’un milicien, tout en passant par une multitude de stades du refus de la situation. Euphorie, folie, dépression, réflexion, abandon, notre hamster ne baisse jamais les bras, tandis que la bobine est entrecoupée d’images d’Hommes se livrant bataille (guerre de Sécession, Irak).
Eubank a le talent du vieil homme obsédé de narration que l’on voit témoigner à plusieurs reprises, c’est un conteur, et il arrive à nous absorber dans son pamphlet, distillant questions et vérités, tout en les illustrant d’images toutes plus chatoyantes les unes que les autres. Il faut dire que pour une production atteignant tout juste les 500.000 dollars il arrive à nous sublimer avec une photographie aboutie, notamment lors des batailles défilant au ralenti, de même que lors des plans spatiaux, conclus par quelque chose d’assez superbe, rappelant Mission to Mars et The Fountain.
Love, rebaptisé pour l’occasion Space Time L’ultime odyssée (ce que le film n’est d’ailleurs absolument pas, mais les voix du commerce sont impénétrables, et ça n’est pas la jaquette française ressemblant à du vomi qui nous contredira), est une grande oeuvre, un poème, un message d’espoir et de paix, une bouffée d’amour dans un monde où ce sentiment s’étiole, en plus d’être une violente gifle lancée au visage du nihilisme, car même si l’humanité n’a pas de but précis, celui-ci se concrétise lorsqu’elle fait preuve d’amour.






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