Kill List c’est le nouveau bébé de Ben Wheatley, déjà réputé pour son caustique Down Terrace, polar unique comme seuls les contrées outre-manche savent nous en servir. Le revoilà donc avec un habile et curieux mélange de genres, totalement instable sans pour autant être bancal. Le cinéaste nous présente une famille qui se déchire, un repas entre amis qui se barre en vrille, le tout en choisissant de présenter la chose comme si elle était un film d’auteur, avec ses champs-contrechamps, ses plans silencieux ou au contraire ses disputes off-screen plus ou moins distinctes. Une approche particulière pour un film annoncé comme mélangeant horreur et thriller, et c’est sans nul doute ce style qui fait que le spectateur est immédiatement happé dans cette histoire où les tenants et les aboutissants ne sont pourtant pas aisés à déterminer, les éléments construisant la trame ainsi que les personnages étant placés au fur et à mesure que la pellicule avance, effet qui pourra décontenancer ceux habitués à des narrations plus linéaires.
Puis Wheatley renoue rapidement avec son Down Terrace, nous balance un humour morbide soutenu par un visuel qui l’est tout autant, montant crescendo jusqu’à nous servir un passage où un marteau trouve une glorieuse utilisation, rappelant aussi bien la scène de torture du Seed d’Uwe Boll que l’écrasement de testicules dans le J’ai rencontré le Diable de Jee-woon Kim.
Enfin, s’il fallait tenter d’analyser Kill List, ce serait d’abord le L’homme est ce qu’il mange de Feuerbach qui viendrait en tête de lice, le héros principal de l’histoire se retrouvant pris à son propre piège de violence qui appelle à la violence (ou plus simplement le déterminisme), soutenu par un horrible canis canem edit qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler A Serbian Film, tout comme un vaste panel de similitudes, les violences sexuelles outrancières mises évidemment de côté.
Kill List vient donc se placer parmi les étonnantes perles du cinéma de genre en marge de la masse, totalement dissident dans sa mise en scène et sa narration, sans pour autant oublier d’offrir ses moments d’horreur primale, de même qu’un passage diablement efficace dans un tunnel sans issue. Une chose est sûre, Ben Wheatley vient confirmer son statut de scénariste et metteur en scène de talent, portant au firmament l’aspect polar à l’anglaise, en plus de se révéler être un cinéaste réellement imaginatif dans le registre horreur/épouvante. Il nous tarde d’ailleurs de découvrir la touche qu’il aura apporté à The ABCs of Death, ambitieux film à sketches réunissant 26 réalisateurs, dont Nacho Vigalondo (Extraterrestre), Yoshihiro Nishimura (Tokyo Gore Police), Jason Eisener (Hobo with a Shotgun) ou encore Srdjan Spasojevic (A Serbian Film).



















