80 Jours

Elders' Love.

(Date de sortie cinéma : 13 juin 2012 — Titre original : 80 egunean)


Parmi les curiosités pointant le bout de leur nez dans nos salles obscures, 80 Jours récolte la palme des productions cumulant le plus grand nombre d’éléments atypiques. Tourné en Basque, produit avec un maigre budget, se focalisant sur une de personnes âgées, qui plus est lesbiennes, tout un programme qui aurait vite fait de refroidir le spectateur lambda.
Pourtant, malgré son indigence et ses personnages dans lesquels il est difficile de se projeter, l’oeuvre se montre très rapidement étonnante, et cela grâce à la justesse de l’interprétation de son duo, Itziar Aizpuru et Mariasun Pagoaga. Toutes deux brillantes, aux personnalités disparates, se retrouvent 50 ans après leur amitié, voire flirt d’adolescence, et tentent, bien que le temps soit passé, de le rattraper et de revivre ensemble ces moments que seules de jeunes filles innocentes peuvent connaître. Le plaisir de discuter, le plaisir de rire, le plaisir de s’allonger dans l’herbe et contempler le ciel, un tas de petites choses qui nous font vite oublier l’âge des deux femmes, nous font sourire, nous empoigne le coeur, tant elles ont un talent naturel à faire partager leurs émotions, soutenues par une mise en scène, qui sans être totalement aboutie, réussit à atteindre son but lorsque cela est nécessaire.

Jamais la pellicule n’est mièvre ou gavée de clichés, et d’ailleurs le seul flash-back du film nous renvoie à une scène qui sera reconstituée à peu de choses prêts de nos jours. Un choix qui s’avère d’autant plus judicieux que le but de la bobine n’est pas de nous pousser à ressasser le passé, mais bien au contraire de vivre le moment présent, peu importe l’âge que nous avons et peu importe quel est notre sexe. Un problème qui n’en est pas un pour l’une des protagonistes, citadine libérée, à l’inverse de l’autre, timide et enfermée dans une campagne dont elle ne s’est jamais échappée. En 50 années beaucoup de choses se passent, et bien que les souvenirs d’autrefois soient encore gravés dans les mémoires, ces retrouvailles sont aussi une redécouverte, les deux femmes ayant évolué dans des milieux totalement différents.
80 Jours est donc une bonne surprise, certes pas parfaite dans sa totalité, la mise en scène souffrant d’un manque de vigueur, mais l’histoire en elle-même ainsi que le jeu des actrices auront vite fait de convaincre les plus réfractaires. Point que certains ne manqueront pas, la qualité de sa bande-son, signée Pascal Gaigne, rappelant le piano de Yann Tiersen, d’un raffinement venant appuyer l’oeuvre avec brio.

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