Rhum Express

C'est pas le pays des chauves-souris.

(Date de sortie cinéma : 30 novembre 2011 — Date de sortie DVD/Bluray : 24 avril 2012 — Titre original : The Rum Diary)


Hunter S. Thompson, c’est le personnage chauve et curieux portant le pseudonyme de Raoul Duke que jouait Johnny Depp dans Las Vegas Parano. Pas vraiment auteur de romans, il était davantage un journaliste gonzo, sorte de globe-trotteur racontant ses expériences avec le genre humain et les substances illicites. Devenu incontournable, sa vie fut mise en scène dans une semi-biopic, Where The Buffalo Roam, trop souvent sous-estimée, avec un Bill Murray au mieux de sa forme. La suite, on la connaît, c’est le Las Vegas Parano de Terry Gilliam, qui n’était pas vraiment ce que l’on pouvait appeler une bonne adaptation. Celui-ci avait amputé une bonne partie de son côté dissident, se concentrant sur Duke et son comparse Gonzo, et plus particulièrement leurs délires sous les effets de la drogue.
Cette fois-ci les choses vont en sens inverse, on remonte le temps, jusque dans la jeunesse de Thompson et son époque à Porto Rico, toujours avec Johnny Depp, et évidemment, ce dernier ayant vieilli, on a tout de suite du mal à croire qu’il a 23 ans. Mais soit, le public ne connaît l’auteur que par le visage du pirate gay, donc il fallait le reprendre (et puis il en est le producteur), histoire de s’assurer que le public friand des déboires dans la ville du vice reviennent pour une nouvelle fournée de délires en tous genres. Hélas, si — quelques — délires il y a, ainsi que conservation de la critique de société (et plus particulièrement le capitalisme, le milieu immobilier, les éditeurs, la politique…), ce Rhum Express a beaucoup de mal à trouver un rythme stable, ce qui ne sera pas pour satisfaire ceux qui pensaient se marrer, ou au moins se distraire. On sourie un peu quand même, surtout durant la première scène, tout simplement inoubliable, et trompant un peu sur le reste, car c’est long, trop long, surtout quand la bobine n’a finalement pas grand chose à raconter.

Bref, Rhum Express n’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler un bon film. Il possède ses qualités, dont notamment un casting superbe, avec Aaron Eckhart, Michael Rispoli, Amber Heard, Richard Jenkins et l’impayable Giovanni Ribisi en nazi alcoolique, et puis il a aussi quelques scènes qui réussissent à faire mouche, ainsi qu’une photo très plaisante signée Dariusz Wolski, mais tout ça manque cruellement d’enjeux, surtout dans son milieu, pédalant dans la semoule sans réussir à se trouver, et nous ne nous éterniserons même pas sur le romance aussi passionnante qu’un épisode des Feux de l’amour. Le réalisateur, Bruce Robinson, semble rouillé après ses 19 ans d’inactivité, et force est de constater qu’il aurait du raccourcir son film, afin de mieux le maîtriser, et faire arriver plus tôt le dernier quart pour ne pas que l’on ressente cette écrasante impression d’ennui qui embourbe la pellicule.
Finalement, on comprend que ça n’était pas un hasard si Terry Gilliam avait choisi Las Vegas Parano; celui-ci avait plus de substance, tout du moins portable à l’écran, et n’oublions pas non plus que ce Rhum Express était l’un des premiers romans de l’auteur, qu’il n’avait d’ailleurs pas jugé assez bon pour être publié, et ça aura finalement été Johnny Depp qui l’aura poussé à le vendre lorsqu’ils se fréquentaient, en 98; Depp aura été sublimé, nous déjà moins.
Pour conclure, les amateurs du journaliste n’auront pas ici cet hommage qu’ils attendaient, et feront aussi bien de se rabattre sur le documentaire « Gonzo: The Life and Work of Dr. Hunter S. Thompson », bien plus intéressant. Les adeptes du culte Las Vegas Parano seront sans conteste ceux qui auront la plus grosse déception, et n’en feront pas leur pellicule à mater lorsqu’ils seront stones.
Mention spéciale pour Giovanni Ribisi, habitué aux seconds rôles, mais qui trouve ici sa place dans la peau de cet alcoolique au dernier degré passant son temps à écouter des vinyles de discours d’Hitler. Mais quand Ribisi devient le centre d’intérêt et que Depp s’efface progressivement jusqu’à disparaître, c’est là que l’on finit par avoir la certitude que Thompson est bien mort.