L’animation à la Française patauge, bien que l’on ne manque pas de studios compétents (def2shoot, par exemple), mais les producteurs restent froids à l’idée d’investir dans un cinéma qui peut aussi bien être synonyme de gros jackpot que d’échec commercial. Les Minimoys auront été un bon exemple, remplissant les salles avec son premier opus et les vidant avec son second qui fit beaucoup de mal à Europacorp. Avant cela il y avait eu Kaena, très anonyme, et tout cela n’encourageait pas les producteurs à mettre les mains à la poche. C’est donc avec toute la bonne volonté du monde que le duo Antoine Charreyron et Viktor Antonov se sont lancés dans cette aventure afin de prouver que la France pouvait fournir un produit d’animation à la hauteur, et a fortiori destiné à un public adulte, esquivant la facilité qui consiste à faire chanter des lapins ou des canards. Au final, le pari a plus ou moins été réussi. Charreyron et Antonov l’avaient annoncé (dans diverses interviews), ils n’ont pas les moyens d’un grand studio Hollywoodien, et l’accent n’a donc pas été mis sur le photoréalisme, mais sur l’ambiance, les plans, les éclairages, les conditions météorologiques, ou encore l’animation. Donc sur ce point ça se révèle concluant, mais malheureusement la production souffre de l’effet Playmobil, avec des personnages anguleux, et surtout laids, souvent disproportionnés (les mains notamment, en plus d’être affublées de phalanges immondes), et manquant cruellement d’expression, empêchant le spectateur de s’y identifier. Hormis ce point technique, The Prodigies pêche sur un second, son histoire est quasi totalement dénuée d’intérêt, nous servant quelque chose de tellement déjà vu que la progression de l’aventure en devient pénible (ce qui est plus ou moins de leur faute, l’oeuvre étant adaptée de La Nuit des enfants rois). Le passage à l’adolescence entrecroisé de l’acquisition de nouveaux pouvoirs qui sèment le trouble lasse, et c’est finalement l’arrivée de scènes gores et crues ainsi qu’un final qui bouge pas mal qui viendront remonter un peu le constat qui s’avérait peu glorieux.

Bref, The Prodigies est une tentative, mais pas vraiment une bonne. On pourrait dire que qui ne tente rien n’a rien, ce qui n’est pas faux, mais il est regrettable que le scénario ne soit pas venu remonter l’esthétique comme l’on aurait pu l’espérer.
En ce qui concerne le doublage, Mathieu Kassovitz vise à côté, probablement car ça n’est pas son métier, et c’est heureusement Claire Guyot (la voix Française de Susan dans Desperate Housewives, entre autres), largement chevronnée, qui impose son talent en doublant Ann, la femme du personnage que double Kasso (Jimbo).
A noter un clin d’œil esthétique à REZ (visible dans la bande-annonce), affichant sur les écrans quelque chose de très similaire au stage final du jeu.
Pour conclure, si vous espériez enfin avoir un long-métrage venant redorer le blason de l’animation à la Française, mais surtout vous divertir, ce film n’y arrivera pas, du moins pas totalement. Si vous n’êtes pas trop regardant au niveau de la technique et que l’histoire n’est pas pour vous du déjà-vu, peut-être y trouverez-vous plus votre compte, mais rien n’est garanti.
Mention spéciale pour Ann, le seul personnage sur lequel on aura rien à redire, son esthétique étant réussie et son doublage, comme dit plus haut, largement satisfaisant, contribuant à créer au moins un personnage attachant.



















