L’ordre et la morale

(Date de sortie cinéma : 16 novembre 2011 — Date de sortie DVD/Bluray : 18 avril 2012)


Bon, inutile de vous présenter Kassovitz, qui, après le four de Babylon A.D., broyé par la Fox, hué par les médias et le public, est rentré en et a mis quelques années à se remettre de ses émotions hollywoodiennes. Il revient aujourd’hui avec une production franco-française : L’ordre et la morale, projet d’envergure dans lequel il a beaucoup investi et dont il est aussi l’acteur principal.

L’ordre et la morale s’appuie sur le roman de Philippe Legorjus, La morale et l’, écrit en 1990. Il s’agit d’une restitution de la prise d’otages d’Ouvea (Nouvelle Calédonie), en 1988, lorsque des guerriers Kanak prennent en otage 27 gendarmes mobiles. Ce passage triste, révoltant et oublié de l’histoire française, Kassovitz tente de le faire revivre.

Il incarne lui-même le capitaine Legorjus, notre narrateur, négociateur et capitaine du GIGN au moment des faits. Le spectateur suit ce héros pas à pas, tiraillé entre sa position de fonctionnaire, devant suivre les ordres d’une Elysée en pleine bataille électorale (Chirac/Mitterrand), et sa volonté de faire ce qui lui semble juste et bon.

D’un point de vue purement technique, il n’y a pas grand chose à reprocher à ce film, la tension monte petit à petit, le montage est efficace et intelligent, le sound design est tout bonnement excellent. Kassovitz est convainquant d’un côté comme de l’autre de la caméra. Il filme à l’américaine un bien français, et vous aurez même droit à un magnifique plan-séquence filmé caméra au poing en fin de film, qui, à lui seul, vaut largement votre place de cinoche !

En ce qui concerne le côté « trop militant » que la critique a pu reprocher à ce film, n’y prêtez pas attention. Ce film est parfait dans sa justesse, sa finesse et sa façon d’aborder des problèmes politiques complexes. Ce film n’est pas anti-militariste, au fond, les militaires ne font « que leur travail ». Non, ce film nous montre une réalité politique bien française, bien sale. Une réalité dans laquelle une poignée de voix aux élections valent mieux que des vies 24 000km de Paris (Kanak et gendarmes confondus).

Legorjus se débat dans la hiérarchie et perd peu à peu la foi, se rendant compte de son impuissance. Le spectateur le voit se faire emporter dans cette spirale, sans issue, sans espoir. La révolte monte, Kassovitz nous montre subtilement tous les points de vue sur cet évènement : celui des locaux, pacifistes, celui des journalistes, bridés, celui de l’Elysée, qui préfère fermer les yeux, celui de l’armée, des rebelles, du ministre des DOM TOM, des membres du GIGN… Jamais exagéré, toujours juste et mesuré, L’ordre et la morale ne sombre à aucun moment dans le pathos.

Kassovitz réalise un film subversif et beau, un nouvel incontournable du cinéma français (et pas que !). Il faut aider ce projet, aller le voir en salle et profiter. C’est un nouvelle forme d’histoire qui se forge sous nos yeux. Une histoire qui ne se revendique pas comme étant la « vérité absolue », mais bien une réalité, un point de vue sur les choses, une vision à travers une double lentille, celle de Legorjus, puis celle de Kassovitz. Espérons simplement que d’ici peu, ce type de cinéma soit diffusé dans les salles de classe au même titre qu’un Nuit et Brouillard ou autres Indigènes.

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  • Fred

    « Espérons simplement que d’ici peu, ce type de cinéma soit diffusé dans les salles de classe au même titre qu’un Nuit et Brouillard ou autres Indigènes ».
    Mais oui diffuser ce tissu de mensonges dans les classes, c’est vraiment une très bonne idée.

  • http://mythsavvybadassgingerlibrarian.tumblr.com/ Noa

    Dis m’en plus !

  • JM

    Oui c’est « un tissu de mensonges ».

    Malgré que ce film soit très bien réalisé, il s’agit d’un film fortement « partisan, manichéen et manipulatoire » comportant une pléthore de mensonges. Il ne retrace et ne respecte en aucun cas la vérité historique (contrairement à ce qu’affirme continuellement Kassovitz).

    Ce réalisateur, en réécrivant l’histoire, salit l’honneur et la mémoire des 4 gendarmes assassinés à Fayaoué et des militaires tombés lors de la libération des otages. Un comportement inacceptable.

    Concernant Legorjus, ancien capitaine du GIGN, il a perdu toute crédibilité auprès de ses hommes et de l’armée suite à cette affaire. Il faut savoir que ce dernier, contrairement à ce qu’on voit dans le film, n’a jamais participé aux deux assauts, et une fois sorti de la grotte, il n’y remettra plus jamais les pieds… D’ailleurs, l’ensemble des anciens du GIGN parlent à son égard d’une « erreur de casting ».

    Le capitaine Barril, affirme, dans son ouvrage « Guerres secrètes à l’Elysée’ », (pages 296 et 297) que : « Philippe Legorjus s’est fait capturer bêtement …. il a réussi ce que nous (lui et Prouteau) avions toujours su éviter : faire prendre des gendarmes en otages. »
    Philippe Legorjus est un homme qui dit tout et son contraire. Son témoignage n’est en aucune manière fiable.

    Voici le témoignage de Jean Bianconi :
    http://www.gazetteinfo.fr/2011/11/23/jean-bianconi-veut-en-finir-avec/

    et celui de deux anciens du GIGN :
    http://www.gazetteinfo.fr/2011/11/23/lordre-la-morale-des-anciens-du/

    Par ailleurs, cette présentation de tous les Kanaks (preneurs d’otages) comme n’étant ni des sauvages, ni des terroristes, mais juste » des pères de familles » me dérange fortement. Kassovitz nous les présente beaucoup trop comme de braves types, qui ne voulaient tuer personne : « on a juste affaire à des types qui se sont mis dans la merde ». Le ton est donné dès le départ…

    Et ceci explique pourquoi Kassovitz a omis intentionnellement de reprendre dans son film les conditions de détention des otages (simulacres d’exécution…). C’est une honte de négliger ce traitement barbare qui a été infligé aux otages. Tout cela dans un seul but : éviter de ternir l’image de « gentils » ravisseurs.

    Je tiens à préciser que tous les preneurs d’otages ne sont pas à mettre dans le même panier : il y a certains Kanaks qui ont été entraînés dans cette galère, et ses conséquences qu’ils ne voulaient pas, des braves types en fait. Entrainés par des illuminés dont Alphonse Dianou. Rappelons quand même que ce dernier a froidement achevé un gendarme à l’arme blanche (d’ailleurs il s’en vantera à plusieurs reprises : confirmé par le rapport de la Ligue des droits de l’homme).
    Dans le film, le portait dressé d’ A. Dianou est totalement à l’opposé de cette vérité. Pendant l’attaque de la gendarmerie, on le voit comme figé, comme s’il était dépassé par les événements, quel mensonge monsieur Kassovitz et vous le savez puisque vous avez soi-disant lu le rapport de la Ligue des droits de l’homme… Ce dernier présente A. Dianou comme un homme instable, incohérent et de très excité. Pas ce personnage que vous ne présentez… Je pourrais encore parler longuement sur toutes ces contre-vérités que comporte ce film.

    Plus troublant encore. Je me suis procuré le rapport de La ligue des droits de l’homme sur lequel Kassovitz affirme s’être fortement appuyé. Après une étude approfondie de ce document, je constate que Kassovitz a écarté un certain nombre d’éléments qui discréditent sa vision des événements…

    Bref ce film n’est qu’une pure fiction. Kassovitz en ne prenant pas en compte les témoignages de tous les protagonistes de cette affaire, et à fortiori, à préférer la polémique à la vérité historique, fait un véritable bide avec ce film. Oui c’est un gros échec. Et cela est dommage, il est passé à côté de quelque chose et il va s’en mordre longuement les doigts…

  • http://mythsavvybadassgingerlibrarian.tumblr.com/ Noa

    Merci pour les liens, j’en prends bonne note.
    Ça ne change en rien mon avis, je ne prends pas pour argent comptant tout ce Kasso met dans son film, je ne prends pas non plus comme une vérité absolue deux témoignages et 3 rumeurs.