La couleur des sentiments

Un murmure bien trop faible.

(Date de sortie cinéma : 26 octobre 2011 — Date de sortie DVD/Bluray : 29 février 2012 — Titre original : The Help)


La ségrégation a toujours été un sujet délicat, mais pourtant fréquemment traité, du fait du sentiment de culpabilité que ressentent les Américains. Tout un tas de productions ont vu le jour, dont les inoubliables La couleur pourpre, Un monde à part, ou encore d’autres, plus légères, comme Corina Corina, mais certaines ont parfois la fâcheuse tendance de glisser vers l’acte de contrition sans grande inspiration. C’est malheureusement sur cette voie que s’est engagée La couleur des sentiments, qui avait pourtant tout pour proposer quelque chose de savoureux et indélébile. Très vite, malgré cette rencontre de femmes qui aurait pu être le lieu d’une lutte féministe, la réalisation tue le poussin dans l’œuf, étant trop plate et peinant à faire passer, justement, les sentiments. On ne reste pas non plus insensible au parcours de cette jeune blanche qui se bat pour aider les noirs, ni à ces noires qui luttent dans un milieu où l’esclavagisme n’a été aboli que sur le papier, mais l’ensemble ressemble trop à la saga du dimanche après-midi sur M6, et c’est donc sans surprise que l’on voit les événements se suivre sans imposer le moindre cachet. L’histoire est vue et revue, et ce qui gène d’autant plus, c’est que ce procès de l’Homme blanc finit par en être sa célébration, celui-ci étant en définitive le sauveur. Les clichés viennent également tristement assombrir le tableau, et le facepalm de l’année ira sans conteste à la représentation de la femme noire qui raffole du poulet frit, ce qui figure dans le top 10 des propos à éviter, mais on sera passé à côté du jus de raisin, c’est déjà ça.
Hormis ces défauts, l’œuvre nous impose par moments des instants à l’inverse efficaces et poignants, faisant regretter que l’ensemble n’ait pas eu le droit à une rigueur plus constante.


Bref, La couleur des sentiments est une adaptation décevante, sans non plus être franchement mauvaise. On déplorera un casting blanc incroyablement plat (si ce n’est quelques apparitions éclaires d’actrices comme Sissy Spacek ou Mary Steenburgen), tranchant littéralement avec le noir, qui lui est en revanche choisi avec intelligence, et réussissant à s’octroyer tous les instants émotionnels, qu’ils soient joyeux ou tristes, et c’est plutôt un bon point.
Certaines scènes resteront dans les esprits, que ça soit les encouragements de la vieille dame (Constantine) ou l’histoire de la mort du fils d’Aibileen, alors que d’autres, notamment dans sa dernière partie, fonderont dans le mélodramatique de bas étage comme le font justement tous les téléfilms d’M6. On mettra cette dernière partie sur le compte de l’inexpérience de Tate Taylor, ici réalisateur et scénariste, qui ne possède au compteur qu’un seul long-métrage, qui de plus est un navet (Pretty Ugly People).
On retiendra la bande-originale composée par Thomas Newman, comme toujours à la hauteur, et apportant le plus qui viendra soutenir l’œuvre et lui donner un côté moins amateur.
Pour conclure, à moins d’avoir loupé tout ce qui s’était fait en la matière depuis ces cinquante dernières années, cette production aura du mal à vous convaincre, ou du moins pas autant que ses prédécesseurs. Les autres auront aussi bien à faire que de se plonger dans le livre, plus profond dans ses émotions et ne souffrant pas des concessions qui ont dû être faites pour son adaptation cinématographique.
Mention spéciale pour Viola Davis, qui incarne le personnage le plus complexe de l’histoire, amer de par la mort de son fils, la violence de son mari, et évidemment la condition précaire dans laquelle elle vit.

  • http://marvelll.fr Marvelll

    J’avoue être un peu surpris que tu mettes cette note pour La Couleur des Sentiments alors que Toast qui est bien plus moindre au niveau de sa réalisation et du propos. Avouons-le, niveau téléfilm, il fait pire xD

    Mais je mets ça sur le compte de l’attente (sûrement après avoir lu ma critique dithyrambique :p ).

    • http://www.slashershouse.com Mr Méchant

      Ouais mais Toast était une biopic assez courte qui ne s’aventurait pas sur des terrains sensibles.
      Cela dit je connaissais le bouquin, et même si les reproches narratifs sont les mêmes, j’ai trouvé qu’il véhiculait mieux les émotions. Je déconseille franchement le film à ceux qui ont lu le livre.

      Ta critique m’a donné envie de t’appeler Marvelllpedia. Paske bon tu t’étales beaucoup sur la définition des termes et je me suis dit « bon il le donne quand son avis bordel ??? » :wink:

      • http://marvelll.fr Marvelll

        Lol, c’est clair mais j’aime bien renseigner mon auditoire et c’est souvent ce qu’ils adorent parce que bon, les critiques où les mecs racontent leurs vies ou se contentent de dire de la merde ou c’est génial (t’auras aucun problème à les reconnaître :D ). Chacun son style.

        Sans vouloir rentrer dans une bagarre parce bon… Ta critique est pas super constructive.

        « le facepalm de l’année ira sans conteste à la représentation de la femme noire qui raffole du poulet frit, ce qui figure dans le top 10 des propos à éviter » Top 10 selon qui?

        « la réalisation tue le poussin dans l’œuf », si la blague est marrante. Non mais sérieux, tu voulais quoi? Tous les mélos sont comme ça. Là, au moins la reconstitution est excellente, c’est tout ce qu’on demande.

        Après ta critique, c’est typique du mec qui a lu le livre et qui vient de dire. « Ouais mais tu vois le bouquin c’est mieux. »

        • http://www.slashershouse.com Mr Méchant

          Mouais enfin sous prétexte que je n’ai pas aimé, ma critique n’est pas constructive. Désolé, je parle de la narration, de la mise en scène, du casting, de la qualité de l’adaptation, de la BO, je vois difficilement comment en faire plus.
          Le top 10 c’est une façon de parler, j’ai développé ma réponse plus haut et donc je ne vais pas faire doublon, mais ce sont des stéréotypes un peu agaçants…

          L’idéal quand on veut éviter la comparaison c’est d’écrire une histoire soi-même. Des adaptations sont supérieures au matériel de base, et inversement, t’en sais quelque chose en tant que Marvelophile :wink:

  • nico

    c ‘est quoi l histoire des noirs avec le jus de raisin ?
    ok pour le poulet frit mais le jus de raison, je ne vois pas….et je suis black en plus

    • http://www.slashershouse.com Mr Méchant

      C’est surtout un stéréotype chez les afro-américains. Dans le film Harold & Kumar un des agents du FBI torture des témoins de façon débiles et racistes, un coup avec des juifs à qui il fait pendre des pièces devant la tête, et quant aux noirs, il vide progressivement une canette de jus de raisin en disant que s’ils ne répondent pas à ses questions ils n’en auront pas.
      Un autre cliché est que les noirs raffolent des gaufres.