Bumrush

Définition: Formation groupée forçant une ouverture.

(Date de sortie DVD/Bluray : 2 août 2011)


Parmi les productions les plus bankables, les films de street gangs tiennent une très grosse place. Souvent financés avec des fonds de tiroirs, ressassant les mêmes scénarios, et la plupart du temps affublés de stars du hip-hop (50 Cent, Busta Rhymes…) ou autres intervenants peu coûteux (Val Kilmer, Luke Goss…), le genre semblait voué à ne jamais rien nous servir de nouveau, ni d’intéressant. C’est là que le Québec intervient, avec un produit qui fait table rase de tout ce que l’on a pu voir jusque ici. Pour une fois, il n’est pas question de vengeance, mais simplement d’une bande de videurs qui veulent tenter de rééquilibrer les choses, face à une recrudescence de la violence suite à la chute de deux gangs. Seuls, anciens bidasses, livrés à eux-mêmes, ils devront taper fort dans une fourmilière, de façon réfléchie, et sans y laisser trop de plumes.
Ça dépayse, ne serait-ce que par le français québécois, mais surtout par ces héros inattendus. Qui aurait cru un jour que les gros molosses qui vous prennent de haut à l’entrée des discothèques pourraient devenir des personnages auxquels on s’attache ? Pourtant l’a fait, et il semble évident qu’il souhaitait leur rendre un hommage, à la façon de tous ces polars qui nous rappellent que les flics ne sont pas toujours là pour nous coller des prunes. Autre point, qui lui aussi ne pouvait nous échapper, est la vive critique à l’encontre du gouvernement Québécois, qui n’alloue pas suffisamment de fonds pour rétablir l’ordre dans les banlieues, devenues une zone où la pègre règne en maître (le film s’inspire d’ailleurs de faits réels).


Bref, Bumrush est probablement ce qu’il se fait de mieux en matière de polars dramatiques. Les coups de feu ne sont pas distribués de façon désarticulée, ils ont toujours un but et suivent une logique parfaitement huilée. La narration est fluide, renforcée par qui sert de voix off, et la tension monte progressivement au fur et à mesure que les situations s’enveniment, nous amenant forcement à l’inévitable. N’ayez cependant aucune crainte, si le tout ne nous noie pas sous un déluge d’action non-stop, Jetté a néanmoins le talent pour nous balancer de purs moments de violence, qui distribués intelligemment, ont un impact bien plus fort. Il appuie d’ailleurs tout cela avec des éléments sympathiques, que ça soit les compétences des acteurs en combat libre, ainsi qu’une légère touche cow-boy avec un tueur qui joue de son harmonica avant d’atteindre sa cible. Chose d’ailleurs très étonnante, si les combattants ou bodybuilders ne servent en général à l’écran que de piètres interprétations, ici tout le monde dispose d’un réel talent, prouvant que les gros bras peuvent aussi assurer en « acting ».
Pour conclure, ceux qui apprécient les histoires rondement menées distribuant leurs lots de claques auront de quoi passer un très bon moment. Les plus allergiques au genre pourront toujours y jeter un oeil, car du film d’action francophone qui nous sert autre chose que des yamakasis, ça fait vachement plaisir.
Mention spéciale pour , qui a réussi à faire un métrage crédible, travaillé, intelligent et contemporain. Après Hochelaga et Histoire de Pen, il prouve une nouvelle fois qu’il représente la verve du cinéma actuel Made in Québec, et la France ferait bien de s’inquiéter, car le renouveau du cinéma d’action francophone pourrait bien se produire outre-atlantique.

Notez l'oeuvre !

1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles6 étoiles7 étoiles8 étoiles9 étoiles10 étoiles (Encore aucun vote)
Loading ... Loading ...