The Murderer, c’est l’histoire d’une vie de merde. Peu sont les films à s’intéresser au problème des provinces reculées de Chine (ici Yanbian), et quand ils le font, ils ne sortent pas dans nos salles. Hong-jin Na, le réalisateur (et scénariste), a usé d’un incroyable tour de passe-passe pour tenter de nous parler d’une partie de ce problème, et cela en emballant le tout dans un mélange actioner/thriller/drame/burlesque. On peut prendre l’oeuvre au premier degré, en tant que film de mafieux sino-coréens, ou comme quelque chose de plus profond et plus fin, et ça, peu de réalisateurs arrivent à le faire sans frustrer les attentes de chacun.
Notre héros est un chauffeur de taxi malchanceux au jeu, dont la femme est partie, un simple monsieur-tout-le-monde, qui aura l’espoir de la retrouver s’il assassine un inconnu. Il n’est pas bête, mais juste inexpérimenté, et tout ce qu’il pourra faire, bien que ce soit extrêmement crédible, tournera au burlesque, car à sa place n’importe qui ferait preuve de la même maladresse, et le réalisateur n’hésitera pas à se foutre amplement de la gueule de la police locale, nous montrant qu’au final, tout ce beau monde, mafieux y compris, n’est qu’une belle bande de bras cassés.
Cependant, qu’on ne s’y trompe pas, l’oeuvre n’est pas une comédie, car au-delà de son aspect burlesque, l’Homme, bien que souvent incompétent, se bat comme un animal, et usera d’à peu près tout ce qui lui passera sous la main comme d’une arme létale. La conclusion enfonce le clou, sur une note d’une tristesse absolue et incroyablement fataliste, cette région tu y meurs, et si tu arrives à la quitter, tu ne te retournes pas.

Bref, The Murderer est une excellente surprise, et tout comme à l’image de Bedevilled, est une vive critique de société dissimulée dans une production relativement mainstream. Ça fait plaisir de voir une telle oeuvre, ça dépoussière les clichés du cinéma Coréen à base de stars de la K-Pop ou autres tops models, et surtout ça change des films exhibant violence gratuite, coups de tatane, humour lourdaud ou encore profusion inutile de bling-bling.
Le réalisateur est talentueux, intelligent, et sait tourner de façon captivante tout ce qu’il veut nous montrer, plans serrés et plans larges s’alternant pour nous faire percevoir toutes les dimensions d’une même scène, et il use même d’un montage particulièrement ingénieux, notamment lorsque Gu-nam (Yun-seok Kim) préparera son assassinat; c’est du grand art, tout simplement.
Il voulait nous offrir de l’action, il l’a fait, il voulait nous offrir un thriller, il l’a fait, et surtout il voulait nous offrir une vision différente de l’Asie, loin des métropoles riches et pimpantes, et il l’a fait comme personne d’autre n’aurait pu le faire.
On regrettera que la distribution française ait été faite sous le nom de « The Murderer », bien trop ostentatoire, celui en version originale étant Hwanghae, ou « Mer Jaune », le nom de la mer séparant cette province de Chine de la Corée, lieu de passage obligé pour tous ceux qui veulent rejoindre le sud de la péninsule.
Pour conclure, si vous êtes amateur de cinéma Coréen, mais surtout de cinéma bien huilé, vous aurez toutes les raisons d’aller vous délecter en admirant cette production. Ceux qui ne s’intéressent peu aux problèmes sociaux devraient y trouver leur compte, car comme dit plus haut, le tout est étudié pour plaire à un vaste public.
Mention spéciale pour Yun-seok Kim, qui en impose beaucoup dans la peau de son personnage déterminé, prêt à tout pour obtenir ce qu’il souhaite, et dont l’accumulation de blessures au visage sert de miroir à celui de cette région perdue de la Chine.



























