J’ai rencontré le diable

Vous ne l'appellerez pas Légion.

(Date de sortie cinéma : 6 juillet 2011 — Date de sortie DVD/Bluray : 8 novembre 2011 — Titre original : Akmareul boatda)



Jee-woon Kim incarnait à lui seul le renouveau du — bon — cinéma Coréen, d’abord avec un 2 soeurs et son esthétique unique et malsaine, puis avec A Bittersweet Life et sa tension dramatique, et enfin avec Le bon, la brute et le cinglé, actioner déjanté et décomplexé. Mais toutes les sources se tarissent un jour, et il semblerait que l’auteur prolifique retombe au niveau de Saam gaang et son copié/collé éhonté de Memento.
Ce qui est assez formidable avec la nouvelle vague de cinéma Asiatique, c’est qu’elle peut se permettre de reprendre à la lettre des concepts éculés, tenter de nous les faire passer pour innovants, et ensuite être applaudie par une assemblée d’occidentaux toujours prêts à s’extasier devant les productions d’horreur/épouvante venues de ces contrées.
Du coup, Jee-woon Kim nous sert un service froid de plats réchauffés, composés de bribes de 8MM, Saw, et Seven, et franchement, c’est ni novateur, ni intelligent, ni gore, ni malsain, ni immoral. C’est juste mal joué et mal rythmé, mais surtout trop long pour un revenge-movie, et le cinéma c’est comme une bistouquette, plus c’est long et plus c’est mou. Certes des fois l’adage ne s’applique pas, comme ce fut le cas avec Bedevilled qui développait deux parties passionnantes, mais ici c’est tout le contraire. Première demi-heure, on s’ennuie, mais surtout on ne comprend pas s’il est permis de rire ou non (l’agent de la médico-légale qui se viande en renversant les morceaux de maccabées renforçant cette impression). Pendant la seconde, notre flic ninja (oui oui, en Corée tout le monde est un ninja) empêche des suspects de nuire, et pendant les trois dernières ça tourne en boucle dans un jeu de chat et de la souris aussi répétitif que téléphoné.


Bref, J’ai rencontré le Diable est à lui seul un exemple parfait du cinéma Coréen, qui se contente souvent de reprendre une idée déjà utilisée (cf Woochi qui singeait L’apprenti sorcier ou Chaw pompant Razorback) et l’étaler sur deux heures (ou plus), de la même manière que le font les américains avec les concepts Européens (ou autres). On aurait pu donner à ce Diable le Bon Dieu sans confession, mais seulement s’il avait été REELLEMENT malsain et violent, or ici il passe pour du menu fretin à côté d’icônes du genre comme A Serbian Film. Et comme dit plus haut, on ne sait jamais sur quel pied danser, hésitant entre appréhender la chose comme un divertissement comico-glauque ou un thriller pur et dur, le lot de scènes ridicules décrédibilisant le film, dont notamment ce n’importe quoi en voiture vers la fin (même si celle où le tueur poignarde le conducteur et le passager d’une voiture en marche restera dans les mémoires).
Le constat est déjà lourd, mais comme si ça ne suffisait pas, la bande-son est une véritable torture auditive, tentant de mimer Ennio Morricone comme le ferait un enfant de 4 ans, ou pire, Mark Snow.
Il y aura bien quelques petites choses un peu gore par ci par là, mais dilapidées avec trop d’avarice, et ne comblant même pas l’amateur lambda de torture-porn. On pourra également se questionner quant à la logique du film, le tendon d’Achille sectionné n’ayant visiblement aucun effet sur notre tueur, de même que la cigarette qui lui est enfoncée dans l’oeil, qui comme par magie, est intacte ensuite. Scriiiiipte !!!
Pour conclure, les junkies de revenge-movies ou de productions un peu hypes Made in Korea apprécieront probablement cette production, tandis que ceux qui sont habitués à du cinéma réellement malsain et immoral auront quant à eux du mal à digérer cette farce sans saveur.
Mention spéciale pour Min-sik Choi, seul véritable talent du film, qui apporte à son personnage le gros des deux points que le film mérite.

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  • http://marvelll.fr Marvelll

    Avant tout, je tiens à préciser que j’adore ce film et je ne fais que partager mon point de vue. Je comprends le tien mais je ressens le besoin de défendre ce film très réussi.

    « tenter de nous les faire passer pour innovants » –> pas du tout. Puis sincèrement, l’innovation a disparu du cinéma depuis des années. Tout le monde prend ses idées à droite et à gauche et essaie de donner sa propre vision. Il n’y en a beaucoup des Hitchock et des Kubrick. Y en a peut-être un tous les dix ans. Même Nolan pille donc…

    « on ne comprend pas s’il est permis de rire ou non  » Juste une question, parce que j’ai observé que cette remarque revenait souvent. Es-tu un partisan du fait qu’un film doit être associé à un genre et le respecter du début à la fin (donc à vomir tout ceux qui s’écarte des sentiers battues?).

    « Woochi qui singeait L’apprenti sorcier » Euh non, si on parle bien de la version Disney. Woochi est sorti le 23 décembre 2009 et L’apprenti sorcier, le 8 juillet 2010. Mais bon ça n’empêche que Woochi est beaucoup moins bien que L’apprenti sorcier.

    « flic ninja » –> un peu facile, c’est un membre des services secrets donc entraîné. C’est tout de suite plus crédible qu’un Jigsaw :p

    « s’il avait été REELLEMENT malsain et violent, or ici il passe pour du menu fretin à côté d’icônes du genre comme A Serbian Film »
    A Serbian Film, c’est comme Cannibal Holocaust, c’est tout simplement dégueulasse. :evil: Là où Cannibal délivre un message intéressant, A Serbian Film c’est juste du porn. I Saw the Devil n’est pas franchement violent et joue plus sur la psychologie.

    « Le constat est déjà lourd, mais comme si ça ne suffisait pas, la bande-son est une véritable torture auditive,  » –> là je ne peux rien dire ^_^

    « le tendon d’Achille sectionné n’ayant visiblement aucun effet sur notre tueur », lol ça fait longtemps que je l’ai vu mais il me semblait qu’il boitait grave. Et puis, on a vu pire. Des footballeurs qui continuaient à jouer avec une cheville brisée (chose qu’il ne se rendait compte qu’à la fin, une fois l’adrénaline retombée et là question adrénaline, être en danger de mort y a pas mieux).

    « de même que la cigarette qui lui est enfoncée dans l’oeil » là j’avoue :sick:

    • http://www.slashershouse.com Mr Méchant

      Je m’en fout qu’un genre change ou pas en cours de route, mais quand on veut tenter d’imposer une morale sérieuse en conclusion, on évite de faire défiler pendant plus de 2h tout un tas de scènes ridicules.
      Et tu confonds innovation et inspiration. On peut s’inspirer de quelque chose et livrer un produit fini bien plus développé, en innovant. Ici c’est l’inverse, et ça illustre ce que tu dis, l’innovation a disparu, il ne reste que le pillage. Et quoiqu’il en soit je parlais du genre horreur/épouvante, pas du cinéma Coréen en général. Du coup citer Hitchock, Kubrick et Nolan est un peu hors-sujet (Hitchcock c’est plutôt thriller, Kubrick c’est un mix, et Nolan c’est varié aussi).

      L’apprenti sorcier ça faisait depuis 2007 qu’on en parlait. Woochi a été écrit et tourné à la va vite début 2009, donc kif-kif, et puis bon c’est un succédané des Visiteurs aussi…

      Quant à A Serbian Film, c’est crade, mais en plus c’est un véritable thriller. Certes il n’y a pas de message, et ça n’est de toute façon pas le but, mais à défaut de copier 8MM et nous servir la même morale comme le fait I Saw The Devil, il réussit à innover en franchissant toutes les barrières et être vraiment malsain. I Saw The Devil est presque codifié à l’américaine, voire même plus, ses pseudos scènes chocs faisant cul-cul, même à côté de celles de 8MM, c’est dire…

      J’ai déjà vu un mec à l’UFC se battre alors qu’il avait l’avant-bras plié en deux. Mais le talon d’Achille ne porte pas son nom pour rien, c’est probablement pire que se faire écraser les burnes avec un marteau. Rien qu’un hématome en skate m’avait laissé de sales souvenirs de cette douleur au talon d’Achille. Et entre le moment où il lui tranche ce tendon et la fin du film il se passe plusieurs jours (donc rien à avoir avec l’adrénaline), or en cas de rupture, même dans le cas improbable où tu ne t’en rendrais pas compte tout de suite (le tendon supporte le corps), tu dois rester 1 an ou plus dans le plâtre, ou alors il faut passer par de la chirurgie en étant anesthésié (et avoir de toute façon un plâtre temporaire). Dans le film il boite un peu et a simplement un bandage.