True Legend (Su Qi-Er)

In the Mood for Zui quan.

(Date de sortie cinéma : 28 septembre 2011 — Date de sortie DVD/Bluray : 31 janvier 2012 — Titre original : Su Qi-Er)



Yuen Woo-Ping c’est l’assurance de combats chorégraphies de façon somptueuse. Hélas s’il est le maître dans ce domaine, ses multiples réalisations nous ont prouvé que sa place n’était pas vraiment derrière une caméra. Après 14 années d’absence de derrière les caméras, a-t’il enfin réussi à trouver la paix intérieure qui lui permettra de nous proposer un produit correct ?
Su (Man Cheuk Chiu) et Yuan (Xun Zhou) sont deux frères, et fiers combattants. Arrivés à maturité, Su refusera la place d’empereur qui lui est accordée, préférant consacrer sa vie à son école de Kung Fu, et c’est finalement Yuan qui montera sur le trône. Cinq ans plus tard, Yuan, qui n’était en réalité que le fils adoptif de l’empereur, celui-ci ayant tué son père, un être abjecte, viendra réclamer vengeance et le tuera. Su, voulant à son tour venger son père, perdra le combat, ainsi que son fils, kidnappé par Yuan. Soigné par sa femme et aidé par le Dieu du Wushu (Jay Chou) ainsi qu’un vieux sage, Su tentera de remonter la pente et perfectionner sa technique afin de récupérer son fils.


Yuen Woo-Ping, le plus grand chorégraphe d’arts martiaux de tous les temps (Tigre et Dragon, Matrix, Kill Bill…) nous livre son film en hommage au Zui quan (boxe de l’homme ivre, connue des amateurs de jeux-vidéo avec Shun Di de Virtua Fighter ou Lei de Tekken), un style de combat qui vise à reproduire les mouvements d’un homme saoul (tout en restant sobre — en logique). Une chose est sûre, il fait mouche à 100%. On pourra reprocher une narration vaudevillienne à base de trahisons, conflits familiaux et vengeances, mais contrairement aux productions récentes qui tentent de faire dans l’originalité, et tournent finalement en rond en nous servant de l’envahisseur japonais et du nationalisme à toutes les sauces, Woo-Ping nous prouve que c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes.
Incroyable déferlante de scènes de combats toutes plus imaginatives et variées les unes que les autres (Daoshu, Jianshu…) et nous offrant quelques adversaires bien sentis (Andy On, Jay Chou…), on ne s’ennuie pas une seconde, au point de ne pas voir défiler les deux heures que comptent le métrage.
Au-delà des coups pieds et poings, Woo-Ping réussit néanmoins à donner une véritable puissance à cette histoire pourtant prosaïque, mettant en scène ses événements tragiques de façon majestueuse, au point de nous tirer autant de larmes (si ce n’est plus) que ne l’avait fait Tigre et Dragon. Point non négligeable, il réussit à intensifier ses scènes grâce à la météorologie, alternant temps nuageux, ensoleillé, pluvieux ou neigeux, toujours en parfaite corrélation avec les événements, et cela sans compter une photographie absolument subjuguante (signée Xiaoding Zhao, nominé aux Oscars pour son travail sur Le secret des poignards volants). Le lyrisme et les légendes Chinoises viennent apporter une touche considérable (rencontre avec Dieu du Wushu, Dieu de l’ivresse…), et au final c’est le tableau de la vie difficile d’un homme qui s’anime devant nos yeux, notre « True Legend ».


Bref, True Legend deviendra probablement l’un des films de chevet de bon nombre d’amoureux de Kung Fu ou de grandes fresques Chinoises, chevets qui semblaient — presque — figés depuis la disparition de Bruce Lee. Woo-Ping rend hommage à Su Can, le fondateur du Zui quan, au travers d’un véritable cri du coeur alternant combats vertigineux et scènes poignantes qu’il dirige d’une justesse sans faille, nous serrant le coeur, et nous prouvant que l’oeuvre n’est pas dédié qu’à un seul homme mais à tout un public de fans de par le monde.
Woo-Ping est un chorégraphe, et on le sait, d’ailleurs le déluge de scènes de combat sont là pour le prouver, mais jamais on ne se serait attendu à autant de beauté et de poésie de sa part. Véritable icône du genre, il sera finalement lui-aussi devenu une « True Legend », réussissant enfin à nous prouver qu’il peut être un excellent réalisateur. Certains ne pourront s’empêcher de se plaindre de la profusion de compositings plus ou moins réussis (ou foireux, c’est selon le point de vue), mais honnêtement, on en a rien à foutre (ceci dit épargnez-vous la 3D, déjà parce qu’elle n’est qu’à certains moments du film, et ensuite parce qu’elle ressemble plus à un diorama qu’à une véritable 3D, inutile donc, mais la Chine voulait son premier blockbuster utilisant cette technologie, mais donnant finalement plus de migraines que Le Choc des Titans).
A noter les passages éclairs de Michelle Yeoh, ainsi que David Carradine, assez marrant dans son rôle de chef des lutteurs, qui tient là un de ses rares bons rôles, puisqu’il aura enchainé tout de suite après avec Dinocroc vs Supergator
Pour conclure, les férus d’arts-martiaux à l’ancienne mode (même s’il y a du CGI — mais pas de cerfs pique-les-yeux) tiendront là une perle qui les scotchera sur place. Les moins réceptifs auront du mal à accrocher à ces combats incessants et sa trame relativement légère.
Mention spéciale pour Man Cheuk Chiu, alias Wong Fei-Hung dans Il était une fois en Chine 4 et 5, qui marque un retour fracassant après une quinzaine d’années plutôt décevantes au cours desquelles il a enchaîné les — mauvaises —  séries télévisées.

  • http://marvelll.fr Marvelll

    N’oublie pas non plus qu’il va faire The Hands of Shang-Chi (MARVEL) et en plus, c’est toi qui me l’a dit :D

    En tout cas, je me jette sur le film quand il sort.

    • http://www.slashershouse.com Mr Méchant

      Pour le Marvel je suis déjà plus mitigé, c’est impossible de savoir à l’avance ce que ça va donner. Woo-Ping est un génie de la chorégraphie et a fait avec True Legend un excellent film, selon moi, mais qui se fait copieusement descendre; du coup on se demande pourquoi Marvel lui a confié ce projet, parce qu’ils s’en foutent ? ou non ?

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