Lee F. Sullivan, né aux Etats-Unis, passionné de cinéma et en particulier de films d’épouvante/horreur/science-fiction n’a cessé de développer son talent d’animateur 3d au fil des années, commençant sur la série d’animation Starship Troopers Roughnecks et enchainant ensuite blockbusters sur blockbusters, notamment Comme Chiens et Chats, Harry Potter, Stuart Little 2, les deux derniers Seigneur des Anneaux, Charlie et la Chocolaterie, la séquence — choc — d’ouverture de Lord of War, Hannibal Lecter, et plus récemment Eden Log et Yona-Yona Penguin.
Voici l’entretien qu’il a bien voulu m’accorder…
1. Quelle a été la raison qui vous a donné l’envie de travailler dans le cinéma et les effets spéciaux ?
Le désir est arrivé quand j’étais très jeune, mais je ne savais pas comment y arriver. Grandissant dans les années 80 en Caroline du Nord, la plupart des enfants n’imaginaient pas une carrière cinématographique; ça faisait très loin d’Hollywood et New York. Je me rappelle étant enfant regardant les films de Lucas et Spielberg, et voulant comprendre comment ils avaient pu créer aussi bien les illusions de vols à travers l’espace que celles d’être face à face avec des monstres vivants. Chaque année je profitais d’Halloween pour libérer ma folie et transformer la maison de mes parents en une effrayante maison hantée. Ce fût une base pour apprendre quelques effets spéciaux basiques comme manipuler les émotions des gens grâce aux techniques de lumières et ombres, sans nécessairement virer au gore. Il y eu un film qui eu un énorme effet sur moi: Les griffes de la nuit, le premier film sur Freddy Kruger; j’ai vu le film quand j’avais 11 ou 12 ans et j’ai vraiment été effrayé. J’ai par la suite rapidement commencé à apprendre le gore car savoir comment ils avaient fait les monstres les rendaient moins effrayants pour moi ! Au moment d’aller à l’université, j’ai pensé que je devrais étudier quelque chose de « politiquement correct », j’ai donc décidé d’avoir un diplôme en relations internationales (sciences po). Malgré tout j’avais démarré un ciné club d’étudiant; nous tournions des courts-métrages avec des monstres et des effets gores et je me rappelle avoir soudainement réalisé « C’est ce que je voudrais faire pour le reste de ma vie ! » et ce fût une grosse révélation pour moi. J’ai réalisé que je devrais au moins essayer de rentrer dans le cinéma car dans le cas contraire je risquerais de regretter tout ma vie d’avoir choisi une carrière « normale ».
2. Quels-sont vos films d’horreur préférés ?
Je crois que le meilleur film d’horreur récent est The Descent. Mais je pense que le genre a décliné durant les 15/20 dernières années; il a des films avec des protagonistes qui semblent savoir qu’ils sont dans un film d’horreur, et d’autre part il y a ceux dont les protagonistes n’ont aucun intérêt et essaient seulement de vous choquer. Aucuns d’eux n’arrivent à capturer l’essence de ce que fût l’âge d’or du film d’horreur des années 70 et début 80 ! Mes favoris remontent donc tous à plus de 20 ans: The Thing, Les griffes de la nuit et Alien. Je me rappelle également durant les années 90 la nuit où j’ai vu Brain Dead, j’en riait tellement que j’en pleurais; je me suis dis, un jour il faudra que je travaille avec ce réalisateur ! J’ai donc envoyé vers 96 ou 97 ma candidature à Weta Workshop, l’agence d’effets spéciaux de Peter Jackson, avant que le Seigneur des anneaux ne soit officiellement annoncé, mais mon CV n’était pas encore assez fourni pour eux pour qu’ils m’embauchent.
3. Vous avez travaillé sur tellement de long-métrages, lequel fût la meilleure expérience ?
Tout d’abord travailler sur un long-métrage est un travail très dur, je ne suis donc pas sûr que parler de « meilleure » expérience est ce qui me viendrait à l’esprit pour décrire l’un d’eux ! Malgré tout quand je travaillais sur le Seigneur des anneaux je me suis dit que c’était exactement le genre de film sur lequel j’aurais aimé travailler quand j’étais enfant. C’était presque comme un retour aux sources. Mais ce fût vraiment dur !
Pour finir Le Retour du Roi dans les temps l’équipe des effets spéciaux a dû travailler 7 jours par semaine pendant 4 mois. L’ironie est qu’à la fin de la trilogie les gens qui avaient travaillé dessus ressemblaient aux zombies de Brain Dead.
4. Récemment vous avez travaillé sur Eden Log, un film de science-fiction, quels sont vos projets futurs ?
Actuellement je travaille comme superviseur de l’éclairage et de l’image de synthèse sur Yona-Yona Penguin, un film d’animation en 3d de Rintaro, un réalisateur japonais. Un tiers du film est réalisé par Def2Shoot, une agence d’effets spéciaux Parisienne; le reste du film est réalisé en Thaïlande et au Japon. Le plus amusant est que j’avais trois choix de films pour cet été; un film de vampire, un de loup-garou, et un d’animation pour enfants. Etant donné que je suis père depuis peu mes priorités ont changé; je voulais travailler sur un film que je pourrais montrer à ma fille dans un an ou deux, les films d’horreur étaient donc moins tentants. Cela dit dans d’autres conditions j’aurais probablement pris le film de loup-garou !
5. Vous avez vécu dans beaucoup de pays, n’est-ce pas trop dur de devoir déménager si souvent ?
Effectivement c’est une vraie difficulté, mais ça aide beaucoup quand la compagnie qui vous engage vous aide dans votre déménagement. Ma meilleure expérience fût avec Weta en Nouvelle-Zélande; malheureusement les agences de Londres et Paris ne vous aident en rien. La France a vraiment été ma pire expérience mais la qualité de vie Parisienne en valait le coup ! Au final déménager fréquemment est comme une habitude après autant d’années; une fois qu’on y est habitué on a du mal à rester en place. Mais maintenant j’ai une famille et je vais devoir être plus stable.
6. Vous avez réalisé d’impressionnants courts-métrages comme « The Dead Tree Hotel », produit par Songes et « War Machine », produit par Imavision, dites m’en plus.
Je ne pense pas que mes courts-métrages soient si impressionnants sur l’écran; ils sont toujours trop ambitieux par rapport au budget ! Etant donné que je n’ai pas fais d’école de cinéma, j’ai dû apprendre sur le tas les techniques de réalisation, comme utiliser des mannequins, des steadicams ainsi qu’apprendre comment filmer des scènes dans un véhicule en mouvement. La chose que je préfère à propos de War Machine est que le contenu émotionnel est suffisamment important au point de compenser les limitations techniques. Ce fût vraiment dur et coûteux de trouver des costumes de la seconde guerre mondiale ainsi que des lieux où pouvoir filmer en Normandie, qui plus est au final vous ne voyez à l’écran que quelques soldats en uniformes en train de marcher dans une forêt. Pour The Dead Tree Hotel, tourné près de Toulouse, nous avons dû reconstruire une partie intérieure d’un château sans toucher aux fondations, de même que construire un cimetière en entier dans une forêt.
Nous n’avons pas trouvé de chef décorateur du coup j’ai dû réaliser le plus gros de la construction et de la décoration moi-même, même si les acteurs et le reste de l’équipe ont beaucoup aidé. Une chose que j’ai appris en réalisant des courts-métrages c’est qu’un réalisateur ne peut pas juste hurler ses ordres, il doit motiver les gens pour faire du bon boulot. Il faut savoir être très convainquant pour que la machine fonctionne dans le sens que vous voulez.
7. Avez-vous de nouveaux courts-métrages en préparation ?
Chaque court-métrage prend environ un an à être achevé; malheureusement certains d’entre-eux ne sont jamais finis, ce qui est une chose terrible pour toutes les personnes qui vous ont consacré du temps libre. Chaque fois que je termine un court-métrage je me dis « c’était vraiment trop dur, cette fois c’était le dernier » et quasiment juste après je commence à travailler sur une nouvelle idée…
L’année dernière j’ai réalisé un court-métrage de 2 minutes intitulé Fairy Tale qui a été présenté à 5 festivals en France, à un autre en Espagne et pour finir au « London Sci-Fi Film Festival ».
Etre présenté à ces festivals et voir la réaction du public pendant la projection est un facteur de motivation important.
8. Pour conclure pourriez-vous donner un conseil aux futurs réalisateurs et artistes digitaux ?
L’avantage à l’heure actuelle est que ça n’a jamais été aussi facile de réaliser un court-métrage de qualité chez soit en ayant peu d’argent; l’inconvénient est qu’avec autant de personne ayant cette même facilité vous aurez à travailler plus dur pour être repéré par les gens du business… Travailler sur un film demande beaucoup de compétition et vous devez penser aux centaines (ou milliers) de personnes qui comme vous veulent travailler dans le cinéma. La question que vous devez vous poser est « qu’est ce que j’ai que les autres n’ont pas ? », et vous devez ensuite développer vos qualités et compétences. Si vous êtes un étudiant vous devriez faire des projets personnels pour montrer à quel point vous être désireux de réussir. Si vous êtes comme moi autodidacte vous devrez passer beaucoup de nuits, week-ends et vacances à travailler vos compétences et vos démos afin d’obtenir votre premier vrai job. Si vous travaillez dur vous pouvez démarrer une carrière cinématographique à partir de rien; j’ai démarré sans rien connaître à l’informatique dans une petite boite qui faisait des vidéos de mariages, et cinq ans plus tard je travaillais sur les effets spéciaux du premier Harry Potter. Si je fais le point sur les 13 dernières années passées ça a été un périple vraiment surréaliste mais très enrichissant !
Propos recueillis et traduits de l’anglais par Guillaume MONTAGNANA

























